Lecon 2:: Orthographe et Phonologie
N.B :{{comme cette page ne supporte pas les polices berbero-latines on transcrit ici gama (gh) comme /$/, et epsilon(a’) comme /£/. Les diatriques (les points et les chapeaux) comme apostrophe /‘/}}
Orthographe Berbere Vs Phonologie Chawi
L’ecriture orthographique du berbere est plus ou moins commune a toutes ses varietés ou les regles phonologiques specifiques a chaque varieté determinent la prononciation d’un mot donné.
Par exemple /nekk‘/ est la forme orthographique du pronom berbere ‘’moi’’. Il se prononce [chekk] en chawi car la suite /kk’/ (comme la suite /cc’/ ) a toujours le son affriqué [tch] en chaoui mais [kk] en kabyle et cheluh.
Dans toutes les langues il y a des regles qui determinent la prononciation, par exemple en francais si la lettre /s/ se trouve entre deux voyelles elle se prononce [z] , la lettre /c/ suivie par /e/ ou /i/ se prononce [s] etc…
Dans ce chapitre on introduira trois phenomenes principaux de la phonologie chawi : l’assimilation phonetique, l’accentuation(la position de la voyelle neutre) et la spirantisation
L’ASSIMILATION PHONETIQUE :
On appelle ici une chaine phonetique un groupe de mots qui se prononce comme une seule unité phonetique.
En berbere on lie les mots de la meme chaine phonetique(groupe de mots se prononcant ensemble) par un trait d’union.
Le trait d’union sert aussi a avertir le lecteur d’une eventuelle assimilation phonétique quand il s’agit de contacte entre deux voyelles.
L’assimilation phonetique se produit au contact de deux lettres(souvent des voyelles) qui s’assimilent phonetiquement pour donner un son commun. L'assimilation phonétique affecte
plus particulièrement les prépositions (dont la derniere lettre est une voyelle)suivies d'un nom , le relatif /i/ suivi d'un verbe, ou le verbe suivi d’un pronom d’objet :
verbe-pronom d’objet :
/yenna-as / ‘’il lui a dit’’ [yennass] ou les deux /a/ forme un seul son [a]
/yewwi-it/ /yewwi-it/ ‘’ il l’a ramene’’ [yewwith] ou les deux /i/ forme un son seul son [a]
/yecc’a-it/ /yecc’a-it/ ‘’il l’a mange’’ [yetchith] ou /a/ et /i/ forme le son [i]
/yewwi-as/ /yewwi-as/ ‘’ il lui a ramene’’ [yewwyas] ou le les deux /i/ forme le son [ya]
Regles phonologiques :
-Si on a la sequence /a-a/ on aura l’assimilation phonetique [a]:
a-a=[a]
-Si on a la sequence /a-i/ on aura l’assimilation phonetique [i]:
a-i=[i]
Si on a la sequence /i-i/ on aura l’assimilation phonetique [i]:
i-i=[i]
-Si on a la sequence /i-a/ on aura l’assimilation phonetique [iya]:
i-a=[iya]
Variation avec le kabyle :
Noter comment on a une regle differente en kabyle : la sequence /a-a/ donne le son [aya] en kabyle. ex : /yenna-as/ prononce [innayass]
Preposition-nom/adjectif :
La derniere voyelle de la preposition est toujours assimilee a l’article lie /u/(/w/) ou /i/ (/y/) du nom/adjectif annexee.ainsi en chawi on place un trait d’union devant la preposition pour avertir le lecture qu’il a affaire a une assimilation entre les deux voyelles :
/di- udrar / [dhouggdhrar]‘’dans la montagne’’, ou /i/ et /u/ forme le son [ougg]
/di- wawal / [dhouggawal]‘’dans la parole’’, ou /i/ et /w/ forme le son [ougg]
/di- idurar/ [dheggdhourar] ‘’dans les montagnes’’, ou /i/ et /i/ forme le son [egg]
/di- yid’/ [dheggidh] ‘’dans la nuit’’, ou /i/ et /y/ forme le son [egg]
Regle phonologique :
Si on a la sequence /i-u/ ou /i-w/ on aura l’assimilation phonetique [dhougg] :i-u=[dhougg]
Si on a la sequence /i-i/ ou /i-y/ on aura l’assimilation phonetique [dhegg] i-i=[dhegg]
ainsi en chawi on ecrit toujours /di-/. mais on le prononce [dhougg] ou [ dhegg ] selon la voyelle finale de la preposition qui le lie.
Exception :
La preposition /i/ ‘’pour’’ ne suit pas cette regle c’est pour ca qu’on a pas un trait d’union devant lui:
/i urgaz / ‘’pour l’homme’’ prononce [i wergaz]
Variation avec le kabyle :
Le kabyle a plus ou moins le meme son dans les deux cas c’est pour ca qu’on ecrit /deg/ avant les voyelles et di avant les consonnes en kabyle tandisque en chawi on a toujours plus ou moins la meme forme : /di/ avant les consonnes et /di-/ avant les voyelles.
Assimilation
Pronom relatif /i/-verbe :
/w-yecc'in/?
[ougguetchine]
‘’qui a mange?’’
(/w/ et /y/
donne le son [ougg])
/i-yecc'a/
[igguetcha]
‘’(ce) qu’il a mange’’
(/i/ et /y/ donne
le son [igg])
/a-yecc'a/
[agguetcha]
‘’(ce) qu’il a mange’’
(/a/ et /y/ donne
le son [agg])
c’est pareil pour :
/a-yecc'in/
‘’(celui) qui a mange’’
/ta-yecc'in/
‘’(celle) qui a mange’’
/iya-yecc'in/
‘’(ceux) qui ont mange’’
/tiya-yecc'in/
‘’(celles) qui ont mange’’
(/a/ et /y/ donne
le son [agg])
Regle phonlogique :
Dans les chaines phonetiques pronom relatif- verbe , La sequence /i-y/ donne le son [igg] et la sequence /a-y/ donne le son [agg]
Remarque:
l'assimilation se fait uniquement entre le/i, /a/ du pronom relatif et le/y/ du prefixe. quand c'est le pronom d'bjet /y/ qui suit le ronom realtif , il y a aucunne assimilation:
/i-y-yecc'in ''qui m'a mange''
prononce[iyyetchine].
L’ACCENTUATION (POSITION DE LA VOYELLE /E/ DANS LA CHAINE PHONETIQUE):
En berbere La voyelle courte ou neutre /e/ n’est pas une vraie voyelle (voyelle phonologique) mais une voyelle phonetique, qui sert uniquement de par-chocs ou de lubrifiant phonetique entre deux consonnes consecutives dans une chaine phonetique donnée ou elle accentue la consonne qui la precede.
En tant que voyelle phonetique mobile
on n'en tiendra compte ni dans les analyses grammaticales ( ex :la
décomposition des verbes conjugues en « thème » + « affixes »), ni dans les analyses lexicales(ex : analyse des racines , représentation du thème ou de racine dans un lexique ou
dictionnaire etc..) .
La place du « e » (l’accentuation) dans une chaine phonetique donnée est déterminée selon la règle suivante :
/e/ apparaît avant la dernière consonne du mot (sauf lorsque cette derniere consonne est l'indice du féminin « t » ou le pronom d’objet direct « t » « tt »)) etant donné que la derniere consonne n’est pas precédée par une voyelle puis toutes les deux consonnes à partir de la droite.
((Note : C pour consonne et V pour voyelle))
/Yekrez/ /Yekrez/ y-e-kr-e-z CeCCeC ‘‘iI a labouré’‘
/Ykerz-it /Ykerz-it/ yk-e-rz-it CceCC-VC ‘‘iI l’a labouré’‘
/Ykerz-as /Ykerz-as/ yk-e-rz-as CceCC-VC ‘‘iI lui a labouré’‘
Kerzen/ k-e-rz-e-n CeCCeC ‘‘iIs ont laboure’‘
Kerzen-t/ k-e-rz-e-n-t CeCCeC-t ‘‘iIs l’ont laboure’‘
Krezn-as/ Kr-e-zn-as CceCC-VC ‘‘iIs lui ont laboure’‘
aserdun > as-e-rdun CVCeCCVC ‘‘le mulet’‘
taserdunt > tas-e-rdunt CVCeCCVCt ‘‘la mule’‘
exceptions :
1- comme en tifinagh-ircam on note pas en chawi la voyelle neutre /e/ quand il precede l’article feminin lie /t/ ainsi on ecrit :
/tfsut/ au lieu de /tefsut/ .
2-Concernant la chaine phonologique verbe-pronom d’objet , on peut écrire / ykerz-as / (forme lie de verbe=comme elle se prononce) ou /yekrez-as/ (la forme libre du verbe) mais on le prononce toujours sous sa forme lie selon la règle définissant la place
de la voyelle neutre dans la chaine phonetique.
consonne tendue ;
une consonnes germinee (tendue) se comporte comme une seule consonne dans les suites de plus de deux consonnes :
/qqnen/ ''ils ont ferme''
/uzzlen/ ''ils ont couru'',
/Teffrem/ ''vous vous êtes cachés''
/ffren/ ''ils sont cachés''.
sinon elle se comporte comme deux consonnes :
/yeqqen/ ''il a ferme''
/nettwaqqen/''nous sommes fermes''
Important : beacoup de berberophones n’arrivent pas a distinguer entre la voyelle neutre/e/ et la voyelle longue /a/. c’est tres simple a differencier, /e/ est boucoup plus courte.
SPIRANTISATION :
La spirantisation de certaines consonnes en chawi est un phenomen recent.
Pour certaines consonnes Il est determine par des regles phonologiques plus ou moins precises c’est pour ca qu’on le note pas en chawi :
Ces consonnes qui ont des formes occlusives et spirantes a la fois sont /t/ , /d/ , /k/ , /g/ qui sont ecrites ainsi qu’elles soient occlusives ou spirantes. ces consonnes quand elle sont tendues sont toujours occlusives:
/ tt/ : /ttu$/ « j’ai oublie »; /ttettu$/ «j’oublie «
A-/t/ , /d/
en chawi, pour les deux dentales /t/ , /d/ Il y’a des regles phonologiques plus ou moins rigoureuses qui determinent si la consonne donnee est occlusive ou spirante:
- en Chawi le /d/ , est spirant sauf lorsque il est precede par /z/ , /n/ /m/, ou /l/ :
Apres /z/ :
/tazdayt/ “le palmier”, /
/azdad/ “mince” ;
Apres / n/ :
/ amendil/ ‘’foulard’’ ;
Apres /m/:
/ mdi$/ “j’ai goute”;
Apres / l/:
/ ildi/ “la fronde”
- /t/ est generalement occlusif apres /n/, /m/. /l/, /z/:
Apres / n/:
/ alinti / “le berger “ dans les dialectes Zenetes.
Apres / m /:
/ kennemti / “vous feminin ”
Apres / l /:
/ xalt-i / “ma tante maternelle”
Apres / z /:
/abeztat / “petit” en Chawi ‘enfantin’.
- le / t/ final du feminin est occlusif (prononce [tt] quand il est precede par les lettres suivantes:
/ m/ ex: / tamemt / “miel ”
/ n/ ex: / taberkant / “noire ”
/ d/ ex: / tabradt / “ lettre”
/ c/ ex: / ta£ebbuct / “sein ”
/ s/ ex: / talemmast/ “centrale, celle qui est au milieu ”
/ z/ ex: / tameggazt / “bonne ”
- le t de l’article feminin libre est toujours spirant ou meme sifflant :
/Tamellat/ [spirant :thamellalt [sifflant :hamellat] ‘’l’ouef, la blanche’’
- le / t/ de l’article d’annexion feminin / ti, t) est occlusif quand il est precede par une particule dont la lettre finale est une consonne mais spirant ou sifflant quand il est precedee par une particule dont la lettre finale est une voyelle:
/ s tisit/ “avec le miroir” prononce [sttisith]
/ n tmurt / “de pays” prononce [nttmourth]
Il est spirant-sifflant (souvent prononce comme [h]) quand il est precede par une particule dont la lettre finale est une voyelle:
/di tmurt/ “dans le pays” prononce [dhithmourth] ou [dhihmourth].
/ si tmurt/ “(provenant) du pays” prononce [sithmourh ] ou [sihmourth] .
/i tmurt/ “pour le pays” prononce [ithmourth] en Kabyle et [ihmourth] en chawi oriental.
/ i tisit/“ pour le miroir” prononce [ithisith] ou [ihisith] .
- le / t/ du prefix verbal est spirant-sifflant (souvent prononce comme [h] )sauf dans le cas du theme verbal du futur ou il est occlusif:
Spirant-sifflant :
/ tuta / [houtha]
‘’elle a frappe’’
/ tecc’im /
[hetchime]
‘’vous avez mange’’
/ netni / [nehni] ‘’ils’’
/ iten / [ihen]
‘’les=pronom d’objet directe’’
Occlusif (theme du futur):
/a y-tawi yid-s / “elle me ramanera avec elle“ prononce [ayttawi idhes]
/a k’-tawi yid-s / “ elle te ramanera avec elle “ prononce [achttawi idhes] .
Important : noter que le /t/ sifflant se prononce comme [h] mais n’est pas la lettre /h/ donc on doit jamais l’ecrire comme /h/ car dans l’etat d’annexion il se prononce comme/t/ occlusif.d’ailleurs ce phenomene phonetique n’est pas generalise dans toute la Numidie. Dand l’ouest de numidie(ait ferha, ngaous, setifois) on le prononce spirant.
B-/ g/ et / k/ :
/ g/ et / k/ peuvent etre spirants dans um parler chawi mais occlusifs dans l’autre :
[Argaz/ =[ arggaz] ou [ aryaz] ‘’homme’’
[Agem/ =[aggem] ou [ayem] “puiser de l’eau”
[Agujil / =[aggujil] ou [ayujil] ’’orphelin’’
[Agur/ = [aggur ] ou [ayur ] ‘’lune’’
Etc…
Souvent on confond entre le /g/ et le /y/ car le /g/ spirant se pononce plus ou moins comme /y/. pour savoir s’il s’agit de /g/ ou de /y/ on cherche la racine du mot en question dans les dialectes conservatifs comme le tamuzaght et tacelhit pour verifer la prononciation originelle.
C-les spirantes affriquees / g’/et / k’/:
On a deja propose q’on note avec apostrophe les deux spirantes affriquees (/g’/ et le / k’/ dont la prononciation dans les dialectes Zenetes(Chawi) est differente (elles se prononcent en Zenete [ j ]et [ch] respectivement):
Ex :
/ g’/ :
/ g’ar/ prononce [jar] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/ targ’it / prononce [tarjit, tarjayt] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/ urg’i8/ prononce [urjigh] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/gg’ulle8/ prononce [djjullegh] en Chawi et autres dialectes Zenetes.
/ k’/ :
/ nekk’/ prononce [netch, nechch] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/ k’em / prononce [chem] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/ ak’al / prononce [achal] en Chawi et autres dialectes Zenetes ;
/a k’-yecc’/ prononce [achyetch] en Chawi et autres dialectes Zenetes.
LA GERMINATION PHONETIQUE
On appelle germination phonetique une germination non-ecrite d'une particule (preposition, pronom d'objet etc) dans son etat lie.
par exemple le pronom d'objet direct /s/ devient tendu(germine) quand il est lie au verbe.: /a s-yini / prononce [assini].
on note seulement la germination orthographique en double lettere ex:/axxam/.
pour distinguer certaines particules de leurs homonymes on 'germine' leur lettres finales:
/amm/ //comme'' au lieu de /am/ pour le distinguer du pronom d'objet indirect /am/
/ann/inn/ /nn/ particule d'eloignement ''vers la-bas''au lieu de /an//in/ /n/ pour le distinguer du prefix interrogatif /an/
/dd/ /idd/ particule de location ''vers ici'' au lieu de /d/ /id/ pour le distinguer de coordonnant /d/.
etc..
Dans les lecons prochaines , on discutera plus en details les regles phonologiques specifiques a chaque theme(verbal, nominal, prepostional,pronominal etc...)
Question-reponse
Question 1 :
Comment on prononce les chaines ecrites suivantes en chawi :
/i-yellan/ ‘’qui existe’’
/si- i$zer/ ‘’ de la riviere’’
/si- wul/ ‘’du cœur’’
reponse 1 :
/i-yellan/ ‘’qui existe’’
se prononce [igguellanne]
/si- i$zer/ ‘’ de la riviere’’
se prononce [segghzer]
/si- wul/ ‘’du cœur’’
se prononce [souggoul]
Question 2 :
Placer correctement l’article neutre /e/ dans les termes consonnatiques suivants :
/ imsbridn/ ‘’les voyageurs’’
/ qqarn/ ‘’ils disent’’
/ qqarn-as/ ‘’ils lui disent’’
reponse 2 :
selon la regle qui determine la position de /e/ dans une chaine , on a les formes suivantes :
/imsebriden/ ‘’les voyageurs’’
/Qqaren qqaren/ ‘’ils disent’’
/qqarn-as/ ‘’ils lui disent’’
Question 3 :
Quand le /t/ spirant devient sifflant (se prononcant comme [h]) en chawi sud-est Auressien?
Reonse 3 :
En chawi (les parlers du sud-est Auressien) le /t/ de l'article feminin libre , celui de l'article feminin lie precede par une voyelle, celui de prefix verbal et celui des pronoms personnels et d'objets est spirant-sifflant (se prononcant comme [h])